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Pont Gordie-Howe : la guerre commerciale Canada–États-Unis inquiète l’industrie du camionnage

il y a 4 jours
6 min de lecture
Source: OTA
Source: OTA

Le pont international Gordie-Howe, reliant Windsor, en Ontario, à Detroit, au Michigan, devait représenter une avancée majeure pour le transport routier et les échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis. Pourtant, dans un contexte marqué par les tensions tarifaires et l’incertitude économique, plusieurs entreprises de camionnage s’interrogent sur l’avenir du transport transfrontalier.


Dans un reportage de Bloomberg TV relayé le 9 octobre 2026 par l’Ontario Trucking Association (OTA), des acteurs de l’industrie expriment leurs préoccupations concernant les politiques commerciales américaines, les investissements dans les équipements et l’évolution des volumes de marchandises transportées entre les deux pays.


Le constat est préoccupant : même avec de nouvelles infrastructures frontalières, la croissance du camionnage dépend directement de la stabilité des relations commerciales entre le Canada et les États-Unis.


Windsor–Detroit : un corridor commercial essentiel à l’économie nord-américaine


La région de Windsor–Detroit constitue l’une des principales portes d’entrée commerciales entre le Canada et les États-Unis.


Chaque année, des volumes considérables de marchandises traversent la rivière Detroit, particulièrement dans les secteurs de l’automobile, des équipements industriels, de la fabrication et de la distribution.


Selon les données présentées par Bloomberg, en 2025, les États-Unis ont exporté près de 334 milliards de dollars américains de marchandises vers le Canada, tout en important environ 382 milliards de dollars américains de produits canadiens.


Environ le quart de ces échanges a transité par la rivière Detroit, à bord de camions commerciaux.


Cette concentration des activités démontre l’importance stratégique de ce corridor pour les transporteurs qui assurent quotidiennement les livraisons entre les deux pays.


Toute perturbation des échanges commerciaux peut entraîner des répercussions sur les entreprises de transport, les manufacturiers et les chaînes d’approvisionnement.


Le pont Gordie-Howe : un investissement stratégique pour le transport routier


Le pont international Gordie-Howe représente l’un des projets d’infrastructures frontalières les plus importants des dernières décennies.


Conçu pour augmenter la capacité de transport entre Windsor et Detroit, il offre notamment une liaison autoroutière directe et des installations douanières modernes.


Ses objectifs comprennent l’amélioration de la fluidité du transport commercial, la réduction des délais et le renforcement de la fiabilité des chaînes logistiques.


Pour les camionneurs, une meilleure efficacité aux passages frontaliers peut permettre de réduire les heures perdues dans la congestion, de mieux respecter les délais de livraison et de diminuer certains coûts d’exploitation.


Cependant, une infrastructure moderne ne suffit pas à assurer la rentabilité des entreprises si les volumes de marchandises diminuent en raison des conflits commerciaux.


Onfreight Logistics : 85 % des activités liées à la frontière Windsor–Detroit


Parmi les entreprises particulièrement exposées aux fluctuations du commerce international figure Onfreight Logistics.


Son président, Steve Ondejko, explique à Bloomberg que 85 % des activités de son entreprise passent par la frontière Windsor–Detroit.


Cette proportion illustre à quel point certaines entreprises canadiennes dépendent directement de la circulation des marchandises entre l’Ontario et les États américains du Midwest.


Pour ces transporteurs, les décisions politiques concernant les tarifs douaniers peuvent avoir des conséquences importantes sur les activités quotidiennes.


Une diminution des commandes peut rapidement se traduire par une baisse des chargements disponibles, une utilisation moins importante des équipements et une pression supplémentaire sur les revenus.


À l’inverse, une croissance soutenue des échanges commerciaux peut favoriser l’investissement dans de nouveaux camions, l’embauche de chauffeurs et l’expansion des flottes.


Des millions de dollars investis dans un climat d’incertitude


L’une des principales préoccupations soulevées dans le reportage concerne les investissements nécessaires au fonctionnement des entreprises de camionnage.


Les transporteurs doivent planifier l’achat de camions, de remorques et d’autres équipements plusieurs mois, voire plusieurs années à l’avance.


Steve Ondejko affirme avoir investi des millions de dollars dans les équipements de son entreprise, dont plusieurs nouvelles unités devraient être livrées au cours des 6 à 12 prochains mois.


Or, les changements fréquents dans les politiques commerciales compliquent considérablement cette planification.


Selon lui, l’évolution des règles tous les trois ou six mois crée une incertitude difficile à gérer pour les transporteurs.


Les entreprises doivent prendre des décisions financières importantes sans nécessairement connaître les conditions commerciales dans lesquelles elles exploiteront leurs équipements.


Cette situation peut notamment entraîner :


  • Le report de l’achat de nouveaux camions et de remorques.

  • Une prudence accrue dans les projets d’expansion.

  • Des difficultés à prévoir les volumes de transport.

  • Une pression sur les marges bénéficiaires.

  • Des ajustements dans les stratégies de recrutement.

  • Une plus grande incertitude concernant les contrats à long terme.


Pour les petites et moyennes entreprises de camionnage, ces risques peuvent être particulièrement difficiles à absorber.


L’industrie automobile particulièrement vulnérable


Le reportage de Bloomberg souligne également les conséquences possibles des tarifs douaniers sur l’industrie automobile nord-américaine.


Depuis plusieurs décennies, les constructeurs ont développé des chaînes d’approvisionnement intégrées entre le Canada, les États-Unis et le Mexique.


Les composantes automobiles peuvent traverser les frontières à plusieurs reprises avant qu’un véhicule soit entièrement assemblé.


Cette organisation repose sur des livraisons rapides, prévisibles et fréquentes.


Michael Belzer, professeur émérite à la Wayne State University et professeur invité à l’Université Cornell, estime que les barrières commerciales entre le Canada et les États-Unis risquent de nuire aux avantages économiques développés au fil des décennies.


Selon son analyse, chaque pays s’est spécialisé dans certaines activités industrielles, créant une complémentarité économique qui profite aux deux marchés.


L’ajout de barrières commerciales pourrait affaiblir cette organisation et augmenter les coûts de production.


Pour les entreprises de camionnage spécialisées dans le transport de pièces automobiles, une diminution de la production ou une réorganisation des chaînes d’approvisionnement pourrait modifier considérablement les volumes de marchandises à transporter.


Les transporteurs québécois également concernés


Même si le reportage porte principalement sur le corridor Windsor–Detroit, les enjeux soulevés dépassent largement les frontières de l’Ontario.


Les entreprises québécoises qui effectuent du transport longue distance vers les États-Unis évoluent dans le même environnement commercial.


Plusieurs secteurs économiques québécois dépendent de l’accès au marché américain, notamment l’aérospatiale, les produits forestiers, les équipements industriels, l’alimentation et les produits manufacturés.


Lorsque les tarifs douaniers ou les tensions commerciales modifient les commandes des entreprises, les répercussions peuvent se faire sentir jusque dans les opérations de camionnage.


Les transporteurs québécois pourraient notamment devoir composer avec des changements dans la disponibilité du fret, des déplacements à vide plus fréquents ou des déséquilibres entre les cargaisons à l’aller et au retour.


Les entreprises qui desservent régulièrement l’Ontario et les États du Midwest pourraient également être touchées par l’évolution des activités industrielles dans cette région.


Pour les camionneurs québécois, l’enjeu dépasse donc largement la seule question du passage frontalier : il concerne directement la stabilité de l’emploi et la demande en transport.


Les tarifs douaniers risquent de déséquilibrer le marché du fret


Dans le transport routier, les volumes de marchandises disponibles influencent directement la rentabilité des entreprises.


Lorsqu’un transporteur effectue une livraison vers les États-Unis, il doit idéalement trouver un chargement de retour afin de rentabiliser son déplacement.


Une baisse des exportations canadiennes peut réduire le nombre de camions disponibles sur certains corridors américains ou modifier les possibilités de chargement de retour.


Ces déséquilibres peuvent entraîner une augmentation des kilomètres parcourus à vide, une diminution de la productivité des équipements et des coûts logistiques supplémentaires.


La Canadian Trucking Alliance (CTA) a d’ailleurs soulevé cette problématique dans ses interventions concernant les tensions commerciales entre les deux pays.


Selon l’organisation, les perturbations du commerce international ne se limitent pas aux marchandises exportées : elles peuvent également affecter la disponibilité des camions nécessaires au transport des produits américains vers le Canada.


Il s’agit donc d’un enjeu qui touche directement l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement nord-américaine.


Une infrastructure moderne ne peut remplacer la stabilité commerciale


Le pont Gordie-Howe a été conçu pour soutenir les échanges économiques entre deux partenaires commerciaux historiquement très intégrés.


L’amélioration des installations douanières et de la capacité routière constitue un avantage important pour les transporteurs.


Toutefois, les avantages économiques d’une telle infrastructure dépendent aussi du maintien de volumes commerciaux suffisants.


Un passage frontalier plus rapide ne compense pas nécessairement une diminution de la demande en transport.


C’est précisément le paradoxe mis en lumière dans le reportage de Bloomberg : l’Amérique du Nord développe de nouvelles infrastructures pour faciliter la circulation des marchandises alors que les tensions commerciales risquent de freiner ces mêmes échanges.


Quel avenir pour le camionnage transfrontalier?


Les prochains mois pourraient s’avérer importants pour les entreprises canadiennes qui dépendent du marché américain.


Les transporteurs devront surveiller l’évolution des politiques douanières, les niveaux de production industrielle, les commandes manufacturières et les volumes de transport transfrontalier.


La stabilité des règles commerciales jouera un rôle important dans leur capacité à investir, à renouveler leurs flottes et à maintenir leurs activités.


Pour l’industrie du camionnage, le pont Gordie-Howe représente une amélioration concrète des infrastructures nord-américaines. Mais son potentiel économique dépend également de la confiance des entreprises dans l’avenir du commerce entre les deux pays.


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