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La visibilité du fret entre dans une nouvelle ère : pourquoi un deuxième signal devient essentiel contre la fraude et le vol

14 sept.
6 min de lecture
Source: DAT Freight & Analytics
Source: DAT Freight & Analytics

La géolocalisation en temps réel ne suffit plus à elle seule pour sécuriser une cargaison. Alors que les fraudeurs utilisent des méthodes de plus en plus sophistiquées, Descartes MacroPoint mise maintenant sur une approche à deux signaux combinant les données du dispositif électronique de consignation et celles du téléphone du conducteur.


Pendant des années, la visibilité du fret a surtout consisté à répondre à une question simple : où se trouve le camion? Les systèmes télématiques, les dispositifs électroniques de consignation et les applications mobiles ont progressivement remplacé les appels téléphoniques aux chauffeurs pour obtenir leur position.


Mais dans un environnement où la fraude et le vol de cargaison évoluent rapidement, connaître la position affichée d’un camion ne garantit plus nécessairement que la cargaison est réellement là où elle devrait être.


C’est précisément le problème auquel tente de répondre Descartes MacroPoint avec sa nouvelle technologie ELD+, présentée dans un récent dossier publié par FreightWaves. Le système combine simultanément deux sources indépendantes de localisation : les données télématiques provenant du camion et celles provenant du téléphone mobile du conducteur.


Un seul signal GPS peut désormais être insuffisant


Le principe est relativement simple.


Un signal télématique peut être parfaitement fonctionnel tout en étant associé au mauvais véhicule. Un camion peut avoir été remplacé après l’attribution du chargement, certaines données peuvent avoir été compromises et, dans des scénarios plus sophistiqués, des fraudeurs peuvent tenter de manipuler ou détourner les informations utilisées pour suivre le transport.


DAT Freight & Analytics souligne ainsi qu’une source unique de localisation n’a pas été conçue pour déterminer avec certitude si le signal provient effectivement du conducteur, du camion ou de la cargaison qu’il est censé représenter.


Cette distinction devient particulièrement importante avec la progression du vol stratégique de cargaisons, qui repose moins sur le vol physique classique d’une remorque que sur l’usurpation d’identité, le détournement de chargements, le double courtage frauduleux et la compromission de comptes numériques.


Selon les données de CargoNet citées par DAT Freight & Analytics, les pertes liées au vol de cargaisons auraient atteint environ 725 millions de dollars américains en 2025, soit une augmentation de 60 % par rapport à l’année précédente.


ELD+ : comparer le camion avec le téléphone du conducteur


La technologie ELD+ de Descartes MacroPoint cherche donc à introduire une forme de double validation.


Plutôt que de choisir entre la télématique du camion et l’application mobile du chauffeur, les deux signaux sont utilisés simultanément dans une même session de suivi.


Le fonctionnement s’inspire en quelque sorte de l’authentification multifactorielle utilisée en cybersécurité : plusieurs sources indépendantes doivent raconter la même histoire avant que l’information soit considérée comme pleinement fiable.


Lorsque les données du camion et celles du téléphone du chauffeur correspondent, le transporteur, le courtier ou l’expéditeur peut avoir davantage confiance dans la localisation du chargement.


À l’inverse, si les deux positions divergent fortement, le système peut déclencher une vérification.


Cette différence ne constitue pas automatiquement une preuve de fraude. Elle devient plutôt un signal de risque permettant aux équipes opérationnelles d’enquêter avant qu’une situation ne devienne problématique.


Les voleurs deviennent eux aussi plus technologiques


Le problème dépasse largement la simple disparition d’une remorque dans un stationnement.


Geotab estimait plus tôt cette année que le vol de marchandises était désormais pleinement entré dans une ère cybernétique, avec l’utilisation croissante de techniques comme l’usurpation de GPS, le vol d’identifiants et l’ingénierie sociale assistée par intelligence artificielle.


Dans une enquête menée auprès de 575 exploitants de flottes américaines, 38 % des répondants indiquaient être davantage préoccupés par le vol de marchandises qu’un an auparavant, tandis que 34 % affirmaient avoir subi un incident de vol au cours des douze mois précédents.


Un autre dossier publié récemment par Supply & Demand Chain Executive souligne également que la visibilité en temps réel ne peut, à elle seule, empêcher le vol. Le média rapporte que les pertes attribuées aux vols au deuxième trimestre de 2026 auraient atteint 304,6 millions de dollars américains, presque deux fois le niveau observé un an auparavant, notamment en raison de stratagèmes de fraude stratégique visant des cargaisons de grande valeur.


La technologie mobile permet aussi de confirmer ce qui se passe réellement


Le deuxième signal proposé par Descartes ne sert pas uniquement à obtenir une nouvelle coordonnée GPS.


Avec l’application MacroPoint destinée aux camionneurs, le conducteur peut également confirmer son arrivée ou son départ, photographier des documents et transmettre une preuve de livraison.


Cela permet d’ajouter du contexte aux données de localisation.


Un système de géorepérage peut par exemple confirmer qu’un camion se trouve près d’un entrepôt. Il ne peut toutefois pas nécessairement confirmer que le conducteur s’est présenté au quai, que la marchandise a réellement été livrée ou que les documents ont été signés.


Cette information supplémentaire peut donc aider les répartiteurs, courtiers et expéditeurs à mieux distinguer une simple anomalie technique d’une situation nécessitant une intervention.


L’intelligence artificielle s’ajoute également au suivi


Descartes développe parallèlement OpsForce, un ensemble d’agents d’intelligence artificielle destinés aux opérations de visibilité du fret.


Ces outils peuvent notamment automatiser certaines demandes adressées aux conducteurs, effectuer des suivis et tenter d’obtenir les confirmations ou documents manquants.


Selon Descartes, les utilisateurs d’OpsForce auraient observé jusqu’à 30 % d’augmentation moyenne du suivi automatisé sans intervention humaine, réduisant ainsi certains appels et suivis manuels. Il s’agit toutefois d’un résultat communiqué par l’entreprise elle-même.


Une tendance qui va au-delà du suivi du camion


D’autres entreprises cherchent également à multiplier les couches de visibilité.


DAT Freight & Analytics rapportait plus tôt cette année que certaines technologies commencent désormais à suivre non seulement la remorque, mais également les marchandises elles-mêmes grâce à des capteurs connectés.


L’entreprise Wiliot, par exemple, travaille sur des solutions d’« Ambient IoT » permettant de donner une identité numérique à certains produits et de détecter plus rapidement une cargaison détournée ou mal acheminée.


Cette approche cherche à combler une faiblesse fondamentale du GPS traditionnel : suivre la remorque ne signifie pas nécessairement suivre ce qu’elle contient.


Des vols de marchandises qui atteignent des niveaux spectaculaires


La valeur des cargaisons ciblées contribue aussi à pousser l’industrie vers des systèmes de sécurité plus complexes.


En août, DAT Freight & Analytics rapportait que plusieurs vols visant du matériel destiné aux centres de données avaient totalisé environ 110,6 millions de dollars américains depuis le début de juin, selon un spécialiste du vol de marchandises interrogé par le média.


Dans certains cas, les criminels auraient même utilisé des collisions intentionnelles contre des véhicules d’escorte afin de détourner des cargaisons de très grande valeur.


Au Canada également, le sujet attire l’attention des assureurs. Lors de la conférence annuelle du Private Motor Truck Council of Canada en juin, des spécialistes ont indiqué que les entreprises de camionnage font désormais l’objet d’un examen accru concernant leurs protocoles de sécurité, leurs systèmes de suivi et leurs pratiques de gestion du risque.


Une deuxième localisation ne constitue pas une solution miracle


Descartes reconnaît elle-même que deux signaux ne pourront pas éliminer complètement le problème.


La prévention efficace du vol et de la fraude nécessite toujours plusieurs mesures complémentaires : validation des transporteurs, vérification de l’identité, confirmation du matériel utilisé, surveillance pendant le transport, alertes lors d’anomalies et procédures permettant une intervention rapide.


La double localisation devient donc une couche supplémentaire de sécurité, plutôt qu’un remplacement des autres mécanismes de contrôle.


Un réseau déjà considérable


Descartes MacroPoint dispose néanmoins d’une infrastructure importante pour déployer ce type de technologie.


Selon les données fournies par l’entreprise et rapportées par FreightWaves, son réseau comprendrait :


  • plus de 2 millions de conducteurs utilisant son application mobile;

  • plus de 250 intégrations télématiques à travers le monde;

  • environ 3 millions d’actifs de camionnage connectés à ses systèmes de suivi.


Cette implantation pourrait faciliter l’adoption du suivi à deux sources puisque plusieurs conducteurs utilisent déjà les outils de MacroPoint.


Ce que cela pourrait changer pour l’industrie du camionnage


Pendant longtemps, le principal objectif de la visibilité du fret était de supprimer les fameux appels de suivi : « Où est mon camion? »


La prochaine génération de systèmes pourrait devoir répondre à une question beaucoup plus complexe :


Est-ce réellement mon camion, mon conducteur et ma cargaison que je suis sur l’écran?


Avec la croissance de la fraude numérique, du double courtage et des détournements sophistiqués, la confiance accordée automatiquement à une seule donnée de localisation pourrait progressivement disparaître.


Le suivi du futur pourrait donc reposer davantage sur la corroboration des données : camion, téléphone, remorque, cargaison et documents devront de plus en plus confirmer ensemble qu’un transport se déroule normalement.


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