Un corridor de 2 222 km pour les camions zéro émission entre le Canada, les États-Unis et le Mexique

Source: Volvo Truck
Un important projet de corridor destiné aux camions zéro émission prend forme sur la côte ouest de l’Amérique du Nord. La Colombie-Britannique s’associe à la Californie, à l’Oregon, à l’État de Washington et à la Basse-Californie afin de développer une infrastructure permettant éventuellement aux véhicules commerciaux électriques et à hydrogène de circuler de Vancouver jusqu’au Mexique.
Baptisé British Columbia to Baja California ZEV Corridor (BC2BC), le projet prévoit un axe d’environ 2 222 kilomètres traversant trois pays et suivant notamment l’Interstate 5, l’une des principales artères commerciales de la côte ouest.

20 stations de recharge et trois stations d’hydrogène
La première phase du projet prévoit l’établissement de 20 stations de recharge électrique, offrant chacune une capacité minimale annoncée de 2,5 MW, ainsi que trois stations de ravitaillement en hydrogène.
L’objectif est de créer une infrastructure adaptée aux véhicules commerciaux moyens et lourds zéro émission et, surtout, compatible d’une juridiction à l’autre grâce à des normes communes.
Cette interopérabilité sera particulièrement importante pour les transporteurs effectuant des opérations transfrontalières. Une flotte qui transporte des marchandises entre le Canada, les États-Unis et le Mexique doit pouvoir compter sur des infrastructures fiables sans être confrontée à des systèmes incompatibles à chaque frontière.
Un corridor stratégique pour le camionnage nord-américain
Le choix de cet axe n’est évidemment pas anodin.
Selon les informations publiées lors de l’annonce, près de 10 000 camions circulent quotidiennement sur ce corridor de 2 222 kilomètres, avec des volumes pouvant atteindre jusqu’à 35 000 camions par jour dans certains secteurs.
L’I-5 constitue une artère essentielle pour le transport des marchandises sur la côte ouest, reliant plusieurs grandes régions économiques et infrastructures portuaires.
L’initiative BC2BC vise donc directement l’un des principaux défis associés à l’électrification du camionnage lourd : la possibilité d’effectuer de longues distances sans compromettre l’autonomie, les horaires de livraison et la disponibilité des véhicules.
Cinq gouvernements devront travailler ensemble
L’annonce officielle du projet a eu lieu le 26 août à Long Beach, en Californie, lors d’un événement réunissant notamment des représentants gouvernementaux et plusieurs acteurs de l’industrie.
La Colombie-Britannique, la Californie, l’Oregon, l’État de Washington et la Basse-Californie se sont engagés à coordonner leurs efforts en matière de technologie, de planification des infrastructures et de normes techniques.
Les prochaines étapes comprendront notamment des rencontres techniques entre les cinq gouvernements afin d’harmoniser la planification et les standards.
Les partenaires souhaitent également établir un cadre pouvant éventuellement servir au développement d’autres corridors de recharge en Amérique du Nord et encourager davantage d’entreprises privées à adopter des camions moyens et lourds zéro émission.
Tesla et Volvo présents au lancement
Plusieurs entreprises directement impliquées dans l’électrification du transport lourd étaient présentes lors du lancement, notamment Volvo Group North America, Southern California Edison, Tesla, EV Realty et King Fio Trucking.
Des camions zéro émission d’IMC Logistics, Volvo, Tesla et ZM Trucks étaient également exposés à Long Beach.
Pour les constructeurs et les exploitants de flottes, le développement de véritables corridors de recharge constitue une étape importante. L’arrivée de camions électriques de classe 8 ne suffit pas à elle seule : les transporteurs doivent également disposer d’une infrastructure capable de fournir rapidement une quantité considérable d’énergie.
Le défi de la recharge des camions lourds
Le projet BC2BC met justement en évidence l’évolution des besoins énergétiques du camionnage électrique.
Contrairement aux automobiles, les camions lourds parcourant de longues distances nécessitent des infrastructures capables de fournir une puissance considérable tout en permettant aux chauffeurs et aux transporteurs de maintenir des opérations efficaces.
La recharge à très haute puissance devient donc un élément essentiel pour rendre l’électrification viable sur les grands corridors commerciaux.
L’utilisation complémentaire de l’hydrogène montre également que les partenaires ne misent pas exclusivement sur une seule technologie pour décarboner le transport lourd.
Aucun investissement gouvernemental dévoilé pour le moment
Malgré l’ampleur du projet, aucun montant d’investissement gouvernemental n’a encore été dévoilé.
La California State Transportation Agency, l’Institute of Transportation Studies de l’Université de Californie à Davis et CALSTART participent à la coordination de la planification et des investissements publics associés au corridor.
Le projet s’inscrit également dans l’initiative Global Green Road Corridors, qui cherche à accélérer la décarbonation des grands corridors de transport reliant notamment les ports et les centres industriels.
Une autoroute énergétique pour le camionnage de demain?
Le BC2BC demeure pour l’instant à l’étape de la planification, et plusieurs questions importantes restent à régler : emplacement exact des infrastructures, capacité des réseaux électriques, financement, vitesse de déploiement et adoption réelle des camions zéro émission par les transporteurs.
Mais l’approche marque un changement important.
Plutôt que de développer des stations de recharge isolées, les gouvernements et l’industrie tentent maintenant de construire de véritables corridors énergétiques destinés au transport commercial.
Si le projet se concrétise comme prévu, un camion zéro émission pourrait éventuellement parcourir la côte ouest depuis Vancouver jusqu’à la Basse-Californie, en traversant le Canada, les États-Unis et le Mexique grâce à un réseau coordonné de recharge et de ravitaillement.
Pour l’industrie nord-américaine du camionnage, la réussite — ou non — de ce corridor pourrait devenir un test important de la capacité à électrifier le transport lourd longue distance à grande échelle.



