Colombie-Britannique : des camionneurs à benne prennent la route pour dénoncer les bas tarifs et l’explosion du prix du diesel

ABBOTSFORD — Des conducteurs et propriétaires-exploitants de camions à benne ont organisé un important convoi vendredi 25 septembre 2026 entre Abbotsford et Vancouver afin d’attirer l’attention sur deux enjeux qui frappent directement leur rentabilité : la faiblesse des tarifs de transport et la forte hausse du prix du diesel.
Le mouvement a pris la forme d’un convoi de camions circulant à travers le Lower Mainland, avec un départ d’Abbotsford et un trajet en direction de Vancouver. L’objectif affiché par les participants était de faire connaître une situation qu’ils considèrent devenue financièrement difficilement soutenable. Plusieurs exploitants affirment que la combinaison des coûts d’exploitation élevés et des tarifs trop bas réduit considérablement, voire élimine, leurs marges.
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La hausse du diesel est au cœur de la mobilisation. Global News rapportait vendredi que des camionneurs de la Colombie-Britannique dénonçaient des prix qui ont fortement augmenté dans un contexte de perturbation de l’approvisionnement mondial, notamment en lien avec les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient.
Cette pression sur le carburant n’est pas limitée à la Colombie-Britannique. Quelques jours plus tôt, des représentants du camionnage en Ontario avaient également prévenu que la hausse rapide du diesel pourrait éventuellement se répercuter sur le prix des marchandises transportées, notamment les aliments.
Pour un propriétaire-exploitant de camion à benne, le carburant représente une dépense quotidienne majeure. À cela s’ajoutent les paiements du camion, les assurances, l’entretien, les pneus, les réparations, les permis et les coûts administratifs.
Lorsque les tarifs de transport ne suivent pas la hausse de ces dépenses, la marge restante peut rapidement disparaître.
Le diesel atteint des niveaux qui changent complètement l’équation
Les données officielles du secteur du transport de conteneurs en Colombie-Britannique donnent une bonne indication de l’ampleur de la hausse observée cette année.
L’Office of the BC Container Trucking Commissioner utilise un prix de référence du diesel à Vancouver pour établir sa surcharge carburant. En septembre 2026, ce prix de référence est fixé à 2,50 $ le litre, comparativement à 1,75 $ le litre en septembre 2025. La surcharge carburant correspondante est passée de 28 % en septembre 2025 à 58 % en septembre 2026.
Ce mécanisme vise spécifiquement le secteur du camionnage de conteneurs, et non le camionnage à benne. Il montre toutefois à quel point l’industrie du transport doit actuellement composer avec une hausse importante du coût énergétique.
Les propriétaires-exploitants particulièrement exposés
La situation est différente pour un chauffeur salarié et un propriétaire-exploitant.
Un chauffeur employé par une entreprise reçoit normalement son salaire sans acheter directement le carburant du camion. Un propriétaire-exploitant, lui, doit généralement absorber les dépenses de son véhicule avant de dégager un revenu personnel.
C’est cette réalité économique qui se trouve au centre des revendications du convoi.
Les participants souhaitent notamment obtenir des tarifs qui reflètent davantage les coûts réels d’exploitation. Le débat touche particulièrement le transport à benne, un secteur très présent dans la construction, les travaux routiers et le déplacement d’agrégats, de terre, de sable et d’asphalte.
Des salaires affichés variables dans la région d’Abbotsford
Les offres d’emploi publiées actuellement permettent aussi d’observer les écarts de rémunération dans le marché.
Le Guichet-Emplois du gouvernement fédéral affiche notamment à Abbotsford un poste de conducteur de camion à benne à 38,40 $ l’heure, alors que d’autres offres privées recensées dans la région proposent environ 29 $ à 32 $ l’heure.
Ces chiffres concernent des chauffeurs salariés et ne doivent donc pas être confondus avec les revenus nets des propriétaires-exploitants participant au convoi. Pour ces derniers, le revenu brut doit servir à couvrir les dépenses du camion avant qu’un véritable revenu personnel puisse être dégagé.
Les tarifs deviennent aussi importants que le prix à la pompe
Le message du convoi ne portait donc pas uniquement sur le prix du diesel.
Plusieurs participants souhaitent également une augmentation des tarifs payés pour leurs services. Dans le camionnage spécialisé, une hausse du carburant peut normalement être compensée par une surcharge carburant ou une renégociation des taux.
Mais lorsque la concurrence est forte ou que les contrats ont été conclus à des tarifs fixes, les transporteurs peuvent avoir davantage de difficulté à transférer immédiatement leurs coûts supplémentaires aux clients.
La Colombie-Britannique dispose déjà de certains mécanismes réglementés dans d’autres secteurs. Dans le camionnage de conteneurs, par exemple, le gouvernement encadre des taux minimaux et une surcharge carburant. Une nouvelle grille tarifaire est entrée en vigueur le 1er juillet 2026.
Le camionnage à benne ne fonctionne toutefois pas nécessairement sous le même modèle réglementaire.
Même le gouvernement ajuste ses taux selon le carburant
Les données du gouvernement de la Colombie-Britannique montrent également que les contrats d’équipement utilisés dans la lutte contre les incendies de forêt tiennent compte des fluctuations du carburant.
Pour 2026, les taux de location de camions à benne du BC Wildfire Service comprennent un mécanisme d’ajustement du carburant. Selon la capacité et l’année du camion, les taux de base dépassent notamment 130 $ l’heure pour certains équipements récents, auxquels peuvent s’ajouter des ajustements liés au marché du carburant.
Cela illustre un principe important pour les transporteurs : lorsque le diesel augmente fortement, les contrats qui disposent d’un mécanisme d’indexation offrent généralement davantage de protection aux exploitants.
Un convoi qui a fait réagir sur les réseaux sociaux
La manifestation a aussi provoqué de nombreuses réactions dans le Lower Mainland.
Sur Reddit, plusieurs résidents ont critiqué le choix d’utiliser un convoi de camions pour protester contre le prix du diesel, soulignant que cette méthode consomme elle-même une quantité importante de carburant et peut ralentir la circulation. D’autres ont exprimé davantage de compréhension envers les propriétaires-exploitants qui doivent continuer à effectuer leurs paiements même lorsque leurs marges diminuent.
Ces réactions illustrent un débat plus large : jusqu’où les gouvernements peuvent-ils intervenir sur le prix du carburant, et jusqu’où les transporteurs doivent-ils ajuster leurs propres tarifs?
Une pression qui pourrait éventuellement atteindre les consommateurs
La situation dépasse les seuls camionneurs.
Lorsque le coût du transport augmente, les entreprises peuvent éventuellement transférer une partie de ces coûts à leurs clients. Le camionnage intervient dans pratiquement toutes les chaînes d’approvisionnement : alimentation, construction, industrie, commerce de détail et infrastructure.
Des représentants du secteur en Ontario ont d’ailleurs déjà averti que les prix élevés du diesel pourraient contribuer à augmenter le coût des marchandises transportées.
Pour les exploitants de camions à benne de Colombie-Britannique, le message envoyé vendredi est donc simple : les taux doivent suivre les coûts.
Le convoi Abbotsford-Vancouver aura au moins réussi à placer cette question sous les projecteurs au moment où le diesel atteint des niveaux nettement supérieurs à ceux observés un an plus tôt.



