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Enquête du coroner sur le camionnage : l’ARPQ réclame un meilleur contrôle des lois et dénonce plusieurs failles dans l’industrie

il y a 2 jours
9 min de lecture
Source: ARPQ
Source: ARPQ

MONTRÉAL, 5 novembre 2026 — Dans le cadre de l’enquête publique du coroner portant sur les collisions mortelles impliquant des camions lourds, l’Association des routiers professionnels du Québec (ARPQ) a présenté plusieurs préoccupations et propositions visant à améliorer la sécurité routière dans l’industrie du transport lourd.


Représentant notamment les camionneurs, les propriétaires-exploitants et les petites et moyennes entreprises de transport, l’association souhaite attirer l’attention des autorités sur des problèmes concrets vécus quotidiennement sur le terrain.



Son message central est clair : le Québec dispose déjà d’un important cadre législatif et réglementaire pour encadrer le transport lourd. Selon l’ARPQ, les principaux défis concernent plutôt l’application des règles existantes, la surveillance des entreprises et les mécanismes de contrôle.


L’organisme estime également que la formation, l’accompagnement des transporteurs et une meilleure circulation de l’information devraient occuper une place centrale dans les efforts d’amélioration de la sécurité routière.


Une enquête publique consacrée à la sécurité des véhicules lourds


L’enquête publique, présidée par le coroner Me Dave Kimpton, vise à examiner les circonstances de trois décès survenus lors de collisions impliquant des camions lourds.


Elle porte notamment sur les décès de Tanya et Eliott Lalonde, survenus le 27 août 2025 sur l’autoroute 30 à Boucherville, ainsi que sur celui de Madeline J. Darby, survenu le 15 juillet 2025 à Ange-Gardien.


Le coroner est accompagné du Dr Louis Normandin, à titre d’assesseur, et de Me Vanessa Nadeau, procureure aux enquêtes publiques.


Les audiences de l’automne 2026 doivent notamment permettre d’examiner différentes pistes de solutions pour prévenir de nouvelles tragédies et renforcer la sécurité routière.


C’est dans ce contexte que l’ARPQ a présenté ses observations et ses recommandations.


L’ARPQ souhaite faire entendre les réalités des camionneurs et des PME


L’association rappelle l’importance des petites entreprises dans l’industrie du camionnage québécois.


Selon les données avancées par l’ARPQ, environ 85 % des entreprises de transport exploiteraient une flotte de 10 camions ou moins.


Dans cette répartition :


  • 51 % exploiteraient un seul camion.

  • 34 % exploiteraient entre deux et dix camions.


Ces proportions, présentées par l’association, illustrent le poids des petites entreprises et des propriétaires-exploitants dans le secteur.


Pour l’ARPQ, les décisions réglementaires doivent tenir compte des capacités financières, administratives et opérationnelles de ces entreprises.


L’organisme souligne notamment l’importance d’offrir davantage de formation, d’accompagnement et d’outils aux nouveaux transporteurs.


La compréhension des obligations légales, des normes mécaniques, des heures de conduite et des responsabilités administratives constitue un élément essentiel pour assurer la conformité des opérations.


L’association privilégie ainsi une approche combinant formation, prévention, sensibilisation et contrôles efficaces, plutôt qu’une stratégie reposant principalement sur les sanctions.


Distractions électroniques : une charge mentale grandissante pour les camionneurs


L’un des enjeux soulevés concerne la multiplication des technologies embarquées dans les véhicules lourds.


Les conducteurs doivent aujourd’hui composer avec plusieurs équipements électroniques, notamment :


  • Les dispositifs de consignation électroniques (DCE).

  • Les systèmes de navigation GPS.

  • Les téléphones et tablettes.

  • Les caméras embarquées.

  • Les systèmes d’aide à la conduite.

  • Les alertes de sécurité et autres technologies de surveillance.


Bien que plusieurs de ces outils puissent contribuer à améliorer la sécurité et la gestion des opérations, leur multiplication soulève des questions concernant la distraction et la charge mentale des conducteurs.


L’ARPQ met en garde contre l’ajout de nouvelles obligations électroniques susceptibles d’augmenter le stress et les distractions au volant.


Selon l’association, toute nouvelle mesure technologique devrait être évaluée en fonction de son efficacité réelle, de sa simplicité d’utilisation et de ses conséquences sur le travail des camionneurs.


L’objectif doit demeurer de permettre aux conducteurs de se concentrer sur leur responsabilité première : conduire leur véhicule de manière sécuritaire.


1. Assurances des véhicules lourds : l’ARPQ propose une vérification par numéro d’identification


La validité des assurances constitue un premier enjeu important soulevé par l’association.


Selon l’ARPQ, les vérifications peuvent être effectuées principalement à l’échelle des flottes, ce qui pourrait compliquer la confirmation de la couverture d’un véhicule précis.


L’association fait également état de préoccupations concernant certaines pratiques frauduleuses, notamment la présentation de faux certificats d’assurance ou l’annulation d’une police alors qu’un véhicule demeure en circulation.


Pour améliorer les mécanismes de vérification, l’ARPQ propose la création d’une base de données permettant aux autorités de confirmer la validité de l’assurance d’un camion à partir de son numéro d’identification du véhicule (NIV).


Un tel système pourrait faciliter le travail des contrôleurs routiers et permettre une vérification plus précise de la couverture applicable à chaque véhicule.


Cette proposition nécessiterait toutefois un encadrement concernant l’accès aux données, leur mise à jour et la protection des renseignements.


2. Conformité des transporteurs : un système public inspiré du modèle américain SAFER


L’ARPQ souhaite également améliorer l’accès aux renseignements concernant la sécurité et la conformité des entreprises de transport.


L’association déplore l’absence, au Québec, d’un outil public offrant une consultation centralisée et détaillée des inspections, des accidents et des mises hors service, comparable au système américain SAFER.


Aux États-Unis, la Federal Motor Carrier Safety Administration (FMCSA) met à la disposition du public certaines informations sur les transporteurs par l’intermédiaire de son système Safety and Fitness Electronic Records, mieux connu sous l’acronyme SAFER.


Ce service permet notamment de consulter des renseignements sur l’entreprise, son dossier de sécurité, certaines inspections et les accidents déclarés.


L’ARPQ propose de s’inspirer de ce modèle afin d’accroître la transparence dans l’industrie québécoise.


L’association soulève également la question du nombre d’audits réalisés auprès des transporteurs, avançant qu’ils concerneraient moins de 5 % des entreprises. Ce pourcentage demeure à valider auprès des organismes responsables.


Selon l’organisme, un meilleur accès aux renseignements contribuerait à repérer les entreprises présentant des risques particuliers et à encourager le respect des règles.


3. Accidents impliquant des camions : améliorer la coordination avec Contrôle routier Québec


L’ARPQ s’interroge sur les mécanismes de communication entre les services policiers et Contrôle routier Québec lorsqu’un accident implique un véhicule lourd.


L’association souhaite notamment déterminer dans quelles circonstances les policiers doivent aviser les contrôleurs routiers et si les procédures actuelles permettent d’assurer une inspection mécanique appropriée.


Pour illustrer ses préoccupations, elle évoque plusieurs accidents survenus dans le secteur de Saint-Rémi impliquant notamment un camion immatriculé en Ontario.


Selon les éléments rapportés par l’association, des défectuosités mécaniques majeures auraient été constatées sans qu’une intervention de Contrôle routier Québec ait nécessairement été réalisée sur les lieux.


Ces situations rapportées par l’ARPQ nécessitent une vérification des dossiers concernés avant de pouvoir établir les faits et les responsabilités.


L’association souhaite néanmoins que les procédures d’intervention soient examinées afin de déterminer si des améliorations sont nécessaires.


La présence de contrôleurs routiers spécialisés pourrait, dans certaines circonstances, faciliter l’identification de défectuosités mécaniques ou d’autres problèmes de conformité susceptibles d’avoir contribué à une collision.


4. Accidents mortels : une proposition concernant la suspension temporaire des passeports


Parmi les propositions les plus importantes soulevées par l’ARPQ figure la possibilité d’une suspension temporaire du passeport d’un camionneur impliqué dans un accident mortel.


L’association évoque notamment le dossier de Nancy et Loïc Lefrançois, lié à une collision survenue à Brossard le 19 juillet 2022.


La proposition viserait à examiner les moyens juridiques permettant d’empêcher qu’une personne quitte le Canada dans certaines circonstances après une collision mortelle, lorsque les autorités estiment qu’il existe un risque de fuite.


Il faut toutefois préciser que la délivrance et la révocation des passeports relèvent du gouvernement fédéral.


De plus, l’implication dans un accident mortel ne constitue pas, à elle seule, une preuve de responsabilité criminelle.


Toute mesure de restriction devrait respecter les lois canadiennes, les droits fondamentaux et la présomption d’innocence.


La proposition de l’ARPQ soulève donc des questions juridiques importantes qui nécessiteraient un examen approfondi par les autorités compétentes.


5. Routes à risque élevé et permis de conduire provenant de l’Ontario


L’association a également abordé la question des routes présentant des risques élevés d’accidents.


Elle souhaite notamment mieux comprendre les mécanismes utilisés pour identifier ces secteurs et déterminer les interventions nécessaires pour réduire les collisions.


L’ARPQ s’interroge également sur le rôle que pourrait jouer la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) dans la prévention des risques professionnels liés aux activités de camionnage.


La question de l’échange des permis de conduire commerciaux délivrés en Ontario a aussi été soulevée.


L’association souhaite notamment que les autorités examinent les mécanismes de vérification des qualifications des conducteurs provenant d’autres provinces.


Ces préoccupations s’inscrivent dans un contexte où des allégations de fraude entourant certaines formations commerciales et le programme Mandatory Entry-Level Training (MELT) ont suscité des interrogations dans l’industrie.


L’ARPQ estime qu’une meilleure coordination interprovinciale et une vérification rigoureuse des qualifications pourraient contribuer à prévenir les abus.


Il demeure toutefois important de distinguer les cas de fraude allégués des conducteurs ayant obtenu leurs permis légalement et conformément aux exigences applicables.


6. Heures de conduite : prévenir la manipulation des dispositifs électroniques


Les dispositifs de consignation électroniques, communément appelés DCE, constituent un autre sujet abordé par l’ARPQ.


Ces équipements servent à enregistrer les heures de conduite et certaines données liées aux périodes de travail et de repos des camionneurs.


Leur utilisation vise notamment à améliorer la conformité et à réduire les risques associés à la fatigue au volant.


L’association soulève toutefois des préoccupations concernant la possibilité de manipulation de certains registres électroniques.


Elle évoque notamment l’utilisation possible d’équipements non certifiés ou de pratiques visant à modifier les données enregistrées.


Selon l’ARPQ, il serait pertinent de fournir aux contrôleurs routiers québécois des outils d’analyse leur permettant de détecter plus efficacement les anomalies et les falsifications potentielles.


L’organisme propose de s’inspirer des mécanismes de vérification utilisés aux États-Unis pour renforcer la surveillance des heures de conduite.


Une telle approche pourrait contribuer à améliorer l’efficacité des inspections et à identifier les situations où les obligations réglementaires ne sont pas respectées.


7. Formation obligatoire : renforcer la surveillance des écoles


La qualité de la formation des futurs conducteurs de véhicules lourds représente un dernier volet important de l’intervention de l’ARPQ.


L’association s’interroge sur les mécanismes de surveillance des établissements offrant la formation obligatoire dans le cadre du Programme d’éducation à la sécurité routière (PESR).


Elle soulève notamment des préoccupations concernant des allégations de fraude dans certains établissements de formation, rapportées dans les médias québécois.


L’ARPQ estime que les autorités devraient s’assurer que les écoles respectent rigoureusement les exigences de formation, les normes d’évaluation et les obligations liées à leur reconnaissance.


L’association souhaite notamment un meilleur contrôle des pratiques pédagogiques et administratives afin de prévenir les situations où des candidats pourraient obtenir des qualifications sans avoir réellement acquis les compétences nécessaires.


Cette démarche vise à protéger la crédibilité des établissements conformes et à s’assurer que les nouveaux conducteurs sont adéquatement préparés à leurs responsabilités.


Former et accompagner plutôt que multiplier les sanctions


Au-delà de ses sept principaux sujets, l’ARPQ insiste sur l’importance d’une approche préventive.


Pour l’association, les petits transporteurs et les propriétaires-exploitants doivent pouvoir accéder facilement à des renseignements fiables concernant leurs obligations.


Les règles encadrant le camionnage touchent notamment l’entretien mécanique, les heures de conduite, les assurances, les permis, les charges et dimensions ainsi que la gestion de la sécurité.


La complexité de ces exigences représente un défi particulièrement important pour les entreprises disposant de ressources administratives limitées.


L’ARPQ estime que les autorités pourraient améliorer la conformité en renforçant les programmes de formation, les outils d’information et l’accompagnement des entreprises.


Elle souhaite également que les interventions réglementaires ciblent davantage les pratiques réellement dangereuses, plutôt que d’alourdir inutilement les obligations des transporteurs qui respectent déjà les règles.


Une industrie qui réclame des contrôles plus efficaces


L’intervention de l’ARPQ repose sur une idée centrale : l’amélioration de la sécurité routière ne dépend pas uniquement de l’adoption de nouvelles lois.


Selon l’association, une application plus efficace du cadre réglementaire actuel pourrait permettre de corriger plusieurs faiblesses observées dans l’industrie.


Ses recommandations concernent particulièrement la vérification des assurances, la transparence des dossiers de sécurité, les interventions à la suite d’accidents, la surveillance des heures de conduite et le contrôle des établissements de formation.


L’organisme souhaite également attirer l’attention sur la charge mentale des camionneurs, qui doivent composer avec une multiplication des équipements électroniques à bord des véhicules.


Pour l’ARPQ, les nouvelles technologies et les nouvelles obligations doivent contribuer à simplifier les opérations et à renforcer la sécurité, sans créer de nouvelles sources de distraction.


Conclusion : mieux appliquer les lois existantes pour améliorer la sécurité routière


La participation de l’Association des routiers professionnels du Québec à l’enquête publique du coroner permet de mettre en lumière plusieurs enjeux liés à la sécurité dans le transport lourd.


L’association défend une approche qui repose sur une meilleure application des lois existantes, des mécanismes de contrôle plus efficaces, une plus grande transparence et un accompagnement accru des entreprises de transport.


Elle insiste également sur la nécessité de tenir compte des réalités vécues par les camionneurs, les propriétaires-exploitants et les PME, qui représentent une part importante de l’industrie.


Les propositions présentées constituent des pistes de réflexion soumises dans le contexte de l’enquête publique. Elles ne représentent pas, à ce stade, des recommandations adoptées par le coroner ni des décisions gouvernementales.


Les conclusions de l’enquête et les éventuelles recommandations du coroner permettront de déterminer quelles mesures pourraient être envisagées pour améliorer la sécurité des véhicules lourds au Québec.


Pour l’ARPQ, la priorité demeure la même : assurer une meilleure surveillance des pratiques dangereuses, faire respecter les règles existantes et permettre aux camionneurs d’exercer leur profession dans des conditions sécuritaires, au bénéfice de tous les usagers de la route.


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