Camionnage au Canada : la CTA réclame des normes nationales pour les caméras embarquées et des contrôles routiers 24 heures sur 24

L’industrie canadienne du camionnage pourrait faire face à d’importants changements en matière de sécurité routière et de surveillance des transporteurs. La Canadian Trucking Alliance (CTA) propose la création d’un cadre réglementaire national pour les caméras embarquées dans les véhicules lourds, tout en réclamant des contrôles routiers disponibles 24 heures sur 24 et une surveillance accrue des entreprises de transport.
Dans un communiqué publié le 7 octobre 2026, l’association nationale demande aux gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux de travailler avec l’industrie afin d’uniformiser les règles et de renforcer la sécurité sur les routes canadiennes.
Des normes nationales pour les caméras embarquées dans les camions
L’une des principales recommandations de la CTA concerne l’utilisation des caméras orientées vers l’avant, communément appelées dashcams, dans les véhicules commerciaux lourds.
La Colombie-Britannique travaille actuellement avec l’industrie du transport à l’élaboration d’un cadre réglementaire visant ces dispositifs.
La CTA souhaite que cette initiative provinciale serve de point de départ à l’établissement de normes nationales applicables à l’ensemble du Canada.
L’objectif est d’éviter que chaque province adopte ses propres exigences techniques et réglementaires, ce qui pourrait compliquer les activités des entreprises de camionnage qui effectuent des déplacements interprovinciaux.
Pour les transporteurs québécois qui circulent régulièrement en Ontario, dans les provinces de l’Ouest ou ailleurs au pays, une réglementation harmonisée pourrait simplifier la conformité des équipements embarqués.
Il est toutefois important de préciser qu’aucune nouvelle obligation nationale concernant les caméras embarquées n’a été annoncée dans ce communiqué. Il s’agit actuellement d’une proposition de l’industrie.
Un groupe de travail national proposé pour les 12 prochains mois
Afin de concrétiser ses recommandations, la CTA propose la création d’un groupe de travail conjoint réunissant les gouvernements et les représentants de l’industrie du camionnage.
Ce groupe disposerait d’un mandat de 12 mois pour élaborer des solutions et des mécanismes réglementaires communs.
La CTA souhaite notamment la participation du Conseil des ministres responsables des transports et de la sécurité routière ainsi que du Conseil canadien des administrateurs en transport motorisé (CCATM).
Dave Earle, président et chef de la direction de la BC Trucking Association (BCTA), estime que les travaux réalisés en Colombie-Britannique constituent une excellente base pour bâtir une réglementation nationale.
Selon lui, les règles de sécurité entourant les caméras embarquées ne devraient pas changer simplement parce qu’un camion traverse une frontière provinciale.
L’association souhaite ainsi mettre en place des exigences claires et uniformes pour les camionneurs et les transporteurs partout au Canada.
La CTA réclame des postes de contrôle routier ouverts 24 heures sur 24
Au-delà des caméras embarquées, la CTA demande également une transformation importante de la surveillance des véhicules commerciaux sur le réseau routier canadien.
L’organisation souhaite que les autorités travaillent progressivement à rendre les postes d’inspection des camions accessibles 24 heures sur 24, sept jours sur sept.
Cette proposition vise notamment les transporteurs qui pourraient profiter des heures de fermeture des postes de contrôle pour éviter les inspections.
Selon la CTA, la surveillance des entreprises de transport devrait devenir davantage proactive plutôt que reposer principalement sur des interventions ponctuelles.
Des contrôles plus fréquents pourraient notamment contribuer à détecter les véhicules présentant des problèmes de conformité et à améliorer le respect des règles de sécurité.
La CTA ne précise toutefois aucun calendrier obligatoire de mise en œuvre pour l’ouverture permanente des postes d’inspection.
Plus de 80 % des flottes canadiennes n’auraient jamais subi de vérification de sécurité sur place
Un autre élément majeur du communiqué concerne la surveillance des entreprises de camionnage.
Selon la CTA, plus de 80 % des flottes canadiennes n’auraient jamais fait l’objet d’une vérification de sécurité effectuée sur place.
L’association considère cette situation comme préoccupante pour l’efficacité du système de surveillance des transporteurs.
Elle s’inquiète particulièrement des limites entourant la catégorie de cote de sécurité appelée « Satisfactory Unaudited », que l’on peut traduire par « satisfaisant, sans vérification ».
Cette désignation peut laisser croire qu’une entreprise présente un bilan de sécurité satisfaisant, alors qu’aucune vérification complète sur place n’a nécessairement été réalisée.
La CTA estime que cette situation peut créer des angles morts dans les mécanismes de surveillance.
Elle souhaite donc que les données utilisées pour évaluer les transporteurs reposent davantage sur des renseignements opérationnels vérifiés.
Vers une base de données nationale sur la sécurité des transporteurs
Les ministres responsables des transports travaillent déjà sur le développement d’une base de données intégrée concernant la sécurité des entreprises de camionnage.
La CTA appuie cette initiative, mais souhaite que le système permette de mieux distinguer les entreprises qui ont réellement fait l’objet de vérifications de celles dont le dossier n’a pas été pleinement évalué.
Une telle approche pourrait permettre aux autorités de disposer d’informations plus fiables pour identifier les entreprises présentant des risques.
L’objectif serait également de renforcer la transparence dans l’industrie et de favoriser une concurrence plus équitable entre les transporteurs.
La lutte contre le modèle Driver Inc. demeure une priorité
Dans sa lettre aux ministres, la Canadian Trucking Alliance souligne également les efforts entrepris pour lutter contre le modèle de classification abusive des travailleurs connu sous le nom de « Driver Inc. ».
Ce modèle controversé consiste notamment à traiter certains chauffeurs comme des travailleurs autonomes ou des entreprises incorporées alors que leur relation de travail peut correspondre à celle d’un salarié.
La CTA considère que certaines pratiques de non-conformité peuvent créer une concurrence déloyale au détriment des entreprises qui respectent leurs obligations fiscales, sociales et réglementaires.
L’association souhaite poursuivre les efforts de collaboration avec les gouvernements afin de réduire ces pratiques et de protéger les transporteurs conformes.
La sécurité routière, les normes réglementaires et la concurrence équitable sont ainsi présentées comme des enjeux directement liés.
Des conséquences possibles pour les transporteurs québécois
Même si les propositions de la CTA ne constituent pas encore de nouvelles obligations réglementaires, elles pourraient éventuellement avoir des conséquences importantes pour les entreprises de camionnage du Québec.
Si un cadre national concernant les caméras embarquées était adopté, les transporteurs pourraient devoir vérifier la conformité de certains équipements installés dans leurs véhicules.
Les entreprises effectuant des déplacements interprovinciaux pourraient toutefois bénéficier de règles harmonisées, plutôt que de devoir composer avec plusieurs systèmes provinciaux différents.
L’augmentation des contrôles routiers et des vérifications de sécurité pourrait également entraîner une surveillance plus soutenue des activités des flottes commerciales.
Pour les camionneurs, les conséquences concrètes dépendraient des exigences qui seraient éventuellement retenues par les gouvernements.
Les questions entourant la protection des renseignements personnels, la gestion des enregistrements vidéo et les coûts d’installation pourraient également devoir être examinées au cours d’éventuelles consultations.
Scott Tilley veut une industrie plus sécuritaire et plus équitable
Scott Tilley, récemment nommé président du conseil d’administration de la Canadian Trucking Alliance, souhaite maintenir la collaboration entre l’industrie et les gouvernements.
Dans le communiqué, il insiste sur l’importance de poursuivre les progrès réalisés pour améliorer la sécurité et renforcer la surveillance des transporteurs.
Selon lui, l’ouverture prolongée des postes de contrôle et une meilleure vérification des dossiers de sécurité permettraient de protéger les entreprises conformes tout en réduisant les avantages dont peuvent bénéficier les exploitants qui ne respectent pas les règles.
La CTA considère ces mesures comme essentielles pour améliorer la sécurité routière et maintenir des conditions de concurrence équitables dans l’ensemble du pays.
Une réforme nationale du camionnage encore au stade des propositions
La démarche présentée par la Canadian Trucking Alliance pourrait constituer une étape importante vers une harmonisation accrue des règles de sécurité applicables aux véhicules lourds au Canada.
Les principales mesures proposées comprennent l’établissement de normes nationales pour les caméras embarquées orientées vers l’avant, la création d’un groupe de travail de 12 mois, l’amélioration de la surveillance des transporteurs et la possibilité d’étendre les heures d’ouverture des postes d’inspection routière.
Reste maintenant à déterminer comment les gouvernements accueilleront ces recommandations et quelles mesures pourraient éventuellement être mises en œuvre.
Pour l’industrie québécoise du camionnage, ce dossier mérite une attention particulière, puisqu’il touche directement la réglementation, la sécurité et les conditions d’exploitation des transporteurs qui circulent partout au Canada.



