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Alberta : la taxe provinciale sur l’essence et le diesel suspendue — pourquoi pas au Québec?

il y a 8 heures
4 min de lecture
Source: Gouvernement de l’Alberta
Source: Gouvernement de l’Alberta

L’Alberta suspendra sa taxe provinciale de 13 cents le litre sur l’essence et le diesel à compter du 1er octobre 2026. Pour les camionneurs et les entreprises de transport, la mesure peut représenter des économies importantes. Une question s’impose alors au Québec : pourquoi ne dispose-t-on pas d’un mécanisme semblable lorsque le prix du carburant explose?


À compter du 1er octobre 2026, les automobilistes, camionneurs et entreprises de l’Alberta profiteront d’une suspension de la taxe provinciale de 13 cents par litre sur l’essence et le diesel.


Cette suspension doit s’appliquer jusqu’à la fin de l’année 2026, dans un contexte où les prix de l’énergie exercent une pression importante sur les ménages et les entreprises.


Mais contrairement à une mesure improvisée en réaction à une hausse soudaine des prix, l’Alberta dispose déjà d’un mécanisme gouvernemental permettant d’ajuster automatiquement sa taxe provinciale sur le carburant selon le prix du pétrole.


Un mécanisme directement lié au prix du pétrole


Le gouvernement de l’Alberta explique que son Fuel Tax Relief Program ajuste la taxe provinciale sur l’essence et le diesel chaque trimestre en fonction du prix moyen du pétrole West Texas Intermediate, ou WTI.


Le fonctionnement est relativement simple :


  • lorsque le WTI est inférieur à 80 $ US le baril, la taxe est de 13 cents par litre;

  • entre 80 $ US et 84,99 $, elle tombe à 9 cents par litre;

  • entre 85 $ US et 89,99 $, elle tombe à 4,5 cents par litre;

  • à 90 $ US ou plus, la perception de la taxe provinciale est complètement suspendue : 0 cent par litre.


Les ajustements sont effectués quatre fois par année, soit le 1er janvier, le 1er avril, le 1er juillet et le 1er octobre.


Pour déterminer le taux applicable, l’Alberta utilise la moyenne du WTI sur une période de 20 jours de négociation précédant le trimestre suivant.


13 cents par litre : ça devient rapidement important pour un camion


Pour l’industrie du camionnage, une réduction de 13 cents le litre n’est pas symbolique.


Un camion lourd consommant 500 litres de diesel lors d’un remplissage économiserait théoriquement :


500 litres × 0,13 $ = 65 $


Avec 1 000 litres, l’économie atteint :


130 $


Et lorsqu’une flotte consomme des dizaines ou des centaines de milliers de litres de diesel chaque mois, l’impact devient rapidement considérable.


Pour une entreprise consommant, par exemple, 100 000 litres de diesel par mois, une différence de 13 cents représente environ :


13 000 $ par mois.


Sur trois mois, cela pourrait théoriquement représenter 39 000 $, si la totalité de la réduction fiscale est reflétée dans le prix payé à la pompe.


C’est particulièrement significatif dans une industrie où le carburant représente l’un des principaux coûts d’exploitation.


Et pendant ce temps, au Québec?


C’est ici que la comparaison devient intéressante.


Au Québec, la taxe provinciale régulière sur les carburants est actuellement de :


  • 19,2 cents par litre pour l’essence;

  • 20,2 cents par litre pour le diesel, ou mazout non coloré.


Les taux peuvent être différents dans certaines régions du Québec, notamment en raison de réductions dans certains territoires ou de majorations servant au financement du transport collectif.


La TPS et la TVQ s’appliquent également en plus de la taxe provinciale sur les carburants.


Mais contrairement à l’Alberta, le Québec ne possède pas actuellement un mécanisme général comparable qui fait automatiquement diminuer la taxe provinciale sur l’essence et le diesel lorsque le pétrole franchit certains seuils.


Alors, pourquoi pas au Québec?


C’est probablement la question que plusieurs camionneurs et entreprises de transport se poseront.


Pourquoi ne pas établir au Québec un mécanisme temporaire ou automatique permettant de diminuer la taxe sur le carburant lorsque les prix du pétrole et du diesel atteignent des niveaux particulièrement élevés?


Il faut toutefois distinguer les deux modèles.


L’Alberta a choisi d’intégrer directement le prix du pétrole dans sa politique fiscale sur les carburants. Le gouvernement provincial accepte donc de percevoir moins de revenus lorsque le pétrole devient très cher.


Au Québec, le régime fonctionne différemment : les taux courants sont établis en fonction du type de carburant et du territoire où il est vendu. La documentation actuelle de Revenu Québec ne prévoit pas le système de seuils liés au prix du WTI utilisé en Alberta.


Il s’agit donc avant tout d’un choix de politique fiscale provincial.


Le Québec a déjà modifié les règles entourant le prix des carburants


Québec n’est cependant pas resté complètement immobile dans le dossier du prix à la pompe.


En juin 2025, le gouvernement du Québec a notamment aboli le mécanisme du prix plancher de l’essence et du diesel. Québec expliquait alors vouloir encourager davantage la concurrence entre les détaillants afin que les consommateurs puissent bénéficier de meilleurs prix.


Il s’agissait toutefois d’une intervention sur la réglementation du marché, et non d’une réduction de la taxe provinciale sur le carburant.


C’est une différence importante.


Pour le camionnage québécois, la question mérite d’être posée


Les entreprises de transport routier ne peuvent pratiquement pas éviter le diesel.


Lorsque son prix augmente fortement, les conséquences dépassent largement les camionneurs.


Les coûts supplémentaires peuvent toucher :


  • les transporteurs;

  • les propriétaires-exploitants;

  • les entreprises de construction;

  • l’agriculture;

  • les services de livraison;

  • les distributeurs;

  • les commerces;

  • et, ultimement, les consommateurs.


Chaque produit transporté par camion peut éventuellement être affecté par une augmentation importante du coût du carburant.


Pour un propriétaire-exploitant qui achète plusieurs milliers de litres par mois, quelques cents supplémentaires par litre représentent rapidement des centaines ou des milliers de dollars.


Une mesure albertaine qui relance le débat au Québec


La décision albertaine ne signifie pas nécessairement que le même modèle pourrait être reproduit exactement au Québec.


Les deux provinces possèdent des structures fiscales, des sources de revenus et des politiques énergétiques différentes.


Mais l’exemple albertain démontre qu’un gouvernement provincial peut mettre en place un mécanisme permettant de réduire automatiquement la pression fiscale sur le carburant lorsque le pétrole atteint certains niveaux.


Avec une taxe québécoise régulière de 20,2 cents par litre sur le diesel, la question risque donc de revenir dans l’industrie du transport :


Si l’Alberta peut suspendre sa taxe provinciale lorsque le prix du pétrole devient trop élevé, pourquoi le Québec ne pourrait-il pas au moins envisager un mécanisme de réduction temporaire pour les camionneurs, les entreprises et les consommateurs?


C’est maintenant une question de choix fiscal et politique.


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