Immigration et camionnage : l’Alliance canadienne du camionnage réclame un programme obligatoire d’employeurs de confiance pour contrer la fraude

L’Alliance canadienne du camionnage (ACC) demande au gouvernement fédéral d’accélérer la mise en place d’un programme obligatoire d’employeurs de confiance afin de mieux encadrer le recrutement international de camionneurs. L’organisation dénonce les fraudes liées à l’immigration, les risques d’exploitation des travailleurs étrangers et les pratiques de classification abusive des chauffeurs qui fragilisent l’industrie canadienne du transport routier.
OTTAWA, 22 octobre 2026 — Dans une déclaration publiée le 20 octobre, l’Alliance canadienne du camionnage (ACC), connue sous le nom de Canadian Trucking Alliance (CTA), réagit aux récentes modifications des politiques fédérales d’immigration et réclame un encadrement beaucoup plus rigoureux du recrutement de travailleurs étrangers dans l’industrie du transport routier.
L’organisation estime que l’immigration demeure essentielle au fonctionnement des chaînes d’approvisionnement canadiennes, particulièrement dans un contexte de départs à la retraite et de difficultés persistantes à attirer de nouveaux conducteurs dans le transport longue distance.
Toutefois, l’ACC insiste sur un principe fondamental : l’accès aux programmes de recrutement international devrait être réservé aux transporteurs capables de démontrer leur conformité aux exigences de sécurité, aux normes du travail et à leurs obligations légales.
Le camionnage canadien a toujours besoin de travailleurs étrangers
Selon Stephen Laskowski, président et chef de la direction de l’Alliance canadienne du camionnage, le recrutement international demeure une composante importante de la stratégie de main-d’œuvre du secteur.
Le transport longue distance présente des particularités qui compliquent le recrutement, notamment les déplacements prolongés, les nuits passées à l’extérieur du domicile et les exigences liées au métier de camionneur.
L’ACC affirme que près de la moitié des jeunes seraient réticents à occuper des emplois exigeant régulièrement des quarts de nuit ou des absences prolongées. L’organisation ne précise toutefois pas la source de cette donnée dans son communiqué du 20 octobre.
Pour Stephen Laskowski, cette situation dépasse largement les frontières de l’industrie du camionnage. Elle reflète une transformation plus générale des attentes et des préférences de la main-d’œuvre canadienne.
L’organisme considère donc que le Canada doit continuer d’attirer des conducteurs professionnels qualifiés à l’étranger, tout en s’assurant que leur recrutement s’effectue dans des conditions légales et sécuritaires.
Fraudes à l’immigration : l’ACC dénonce les pratiques de certains transporteurs
L’un des éléments les plus préoccupants soulevés par l’Alliance concerne les abus présumés de certains employeurs et intermédiaires impliqués dans le recrutement international.
Selon l’organisation, des acteurs malhonnêtes utiliseraient des consultants non transparents, des montages commerciaux frauduleux et différentes failles administratives pour contourner les règles canadiennes.
L’ACC soutient que certaines de ces pratiques peuvent s’apparenter à des réseaux de traite de personnes, dans lesquels des travailleurs étrangers vulnérables risquent d’être exploités.
Ces accusations générales formulées par l’association ne signifient toutefois pas que l’ensemble des transporteurs recrutant à l’international adoptent de telles pratiques.
L’Alliance distingue d’ailleurs les entreprises qui respectent les règles de celles qui chercheraient à contourner leurs responsabilités.
Au-delà des conséquences humaines, l’organisme estime que ces stratagèmes créent une concurrence déloyale envers les transporteurs qui assument leurs obligations fiscales, salariales et réglementaires.
Le modèle « Chauffeur inc. » de nouveau dans la mire
L’Alliance canadienne du camionnage établit également un lien direct entre les abus du système d’immigration et les pratiques de mauvaise classification des travailleurs, notamment le modèle communément appelé « Driver Inc. » ou « Chauffeur inc. ».
Ce modèle devient problématique lorsqu’un chauffeur qui devrait légalement être considéré comme un salarié est plutôt présenté comme un travailleur autonome ou un entrepreneur incorporé.
Selon l’ACC, certaines entreprises utiliseraient cette structure pour réduire artificiellement leurs coûts d’exploitation, éviter certaines obligations fiscales et priver les conducteurs de protections auxquelles ils auraient normalement droit.
Cette pratique peut également désavantager les transporteurs qui versent les cotisations obligatoires, respectent les normes du travail et rémunèrent leurs chauffeurs conformément aux lois.
Le gouvernement fédéral reconnaît lui-même le problème de la mauvaise classification dans l’industrie du transport routier.
Dans ses exigences applicables au Programme des travailleurs étrangers temporaires, Emploi et Développement social Canada précise notamment qu’un employeur ne peut pas recruter un travailleur étranger dans le cadre d’une relation d’emploi approuvée, puis le reclassifier comme entrepreneur indépendant afin de contourner les obligations du programme.
Les entreprises contrevenantes peuvent s’exposer à des sanctions administratives et à une interdiction de participer au programme.
Un programme obligatoire d’employeurs de confiance réclamé à Ottawa
Pour corriger la situation, l’Alliance canadienne du camionnage réclame la création accélérée d’un programme obligatoire d’employeurs de confiance, appelé « Trusted Employer Program ».
Le principe proposé est de réserver le recrutement international aux entreprises de camionnage ayant préalablement fait l’objet de vérifications rigoureuses.
Selon les orientations présentées par l’ACC, les transporteurs admissibles devraient notamment démontrer leur conformité aux exigences de sécurité routière et aux normes du travail.
L’objectif consiste à empêcher les entreprises non conformes d’utiliser les programmes d’immigration pour recruter des conducteurs étrangers.
Il importe cependant de préciser que ce modèle sectoriel obligatoire constitue actuellement une demande de l’industrie et non un programme fédéral dont l’entrée en vigueur aurait été annoncée.
L’Alliance indique participer à un groupe de travail avec Emploi et Développement social Canada afin d’élaborer les modalités possibles de ce nouveau mécanisme.
Pour l’organisation, le gouvernement doit maintenant accélérer les discussions et transformer les propositions en mesures concrètes.
Protéger les travailleurs étrangers contre l’exploitation
L’ACC souligne également les efforts déjà entrepris par certaines associations provinciales pour sensibiliser l’industrie aux risques de traite de personnes et de travail forcé.
La Manitoba Trucking Association et l’Ontario Trucking Association collaborent notamment avec la Joy Smith Foundation afin de développer des outils de sensibilisation adaptés au secteur du camionnage.
Ces initiatives visent à mieux informer les entreprises et les travailleurs des situations pouvant mener à l’exploitation.
Cependant, selon l’Alliance, les campagnes de sensibilisation ne suffisent pas à elles seules.
L’organisation estime que le gouvernement fédéral doit intervenir sur les mécanismes permettant à des recruteurs ou à des entreprises frauduleuses de profiter de la vulnérabilité de certains ressortissants étrangers.
Ottawa modifie aussi ses règles d’immigration économique
Cette prise de position survient alors que le gouvernement fédéral a annoncé, le 16 octobre 2026, des changements au système Entrée express.
À compter du 3 novembre 2026, certaines nouvelles règles doivent accorder davantage de points aux candidats possédant une expérience de travail canadienne admissible ou une offre d’emploi admissible dans une profession à salaire élevé.
Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada prévoit également simplifier certaines exigences liées aux offres d’emploi dans le cadre d’Entrée express.
Ces modifications touchent l’immigration économique permanente et ne doivent pas être confondues avec les règles du Programme des travailleurs étrangers temporaires.
Dans ce contexte, l’ACC soutient qu’une modernisation de l’immigration doit impérativement s’accompagner de mécanismes efficaces pour protéger les travailleurs et empêcher les abus dans le transport routier.
Des conséquences importantes pour l’industrie du camionnage au Québec
Même si la déclaration de l’Alliance canadienne du camionnage vise l’ensemble du pays, les enjeux soulevés concernent directement les transporteurs québécois.
Les entreprises respectueuses des lois doivent composer avec les coûts liés aux salaires, aux charges sociales, à l’entretien des véhicules, aux assurances et aux exigences de sécurité.
Lorsqu’un concurrent contourne ses obligations, il peut bénéficier d’un avantage financier artificiel lui permettant de proposer des tarifs de transport inférieurs.
Cette situation soulève des préoccupations pour la concurrence, les conditions de travail et l’équité entre les entreprises.
La question du recrutement international s’ajoute ainsi aux débats entourant le modèle Chauffeur inc., l’application des normes du travail, les contrôles gouvernementaux et la sécurité dans l’industrie du transport routier.
L’application éventuelle d’un nouveau programme fédéral devra toutefois tenir compte des particularités réglementaires et administratives du Québec.
L’Alliance veut des mesures plus strictes, et rapidement
Jonathan Blackham, directeur des affaires publiques de l’Alliance canadienne du camionnage, insiste sur la nécessité de renforcer les mécanismes de protection plutôt que de simplement limiter les possibilités de recrutement.
L’organisation souhaite que le groupe de travail avec Emploi et Développement social Canada produise rapidement des résultats concrets.
Son objectif consiste à permettre aux transporteurs conformes de continuer à recruter des conducteurs à l’étranger, tout en empêchant les entreprises frauduleuses de profiter des programmes d’immigration.
L’ACC considère qu’un encadrement plus sévère permettrait de mieux protéger les droits fondamentaux des camionneurs et de préserver la fiabilité des chaînes d’approvisionnement canadiennes.
Un dossier à surveiller pour les transporteurs et les camionneurs
La déclaration du 20 octobre relance un débat majeur pour l’avenir de l’industrie canadienne du camionnage : comment répondre aux besoins de main-d’œuvre sans favoriser les abus, la fraude et la concurrence déloyale?
L’Alliance canadienne du camionnage ne réclame pas la fermeture des programmes de recrutement international. Elle propose plutôt d’en restreindre l’accès aux entreprises ayant démontré leur sérieux et leur conformité.
Pour le moment, aucune date de mise en œuvre du programme obligatoire d’employeurs de confiance demandé par l’ACC n’a été confirmée.
Le dossier demeure donc entre les mains du gouvernement fédéral et des représentants de l’industrie qui participent aux discussions.
Pour les transporteurs et les camionneurs québécois, les prochaines décisions pourraient avoir des répercussions importantes sur les pratiques d’embauche, les conditions de travail et la concurrence dans le secteur.



