Un projet de péage controversé dans le corridor d’Aulac inquiète l’industrie du camionnage
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Le Canadian Trucking Alliance (CTA) tire la sonnette d’alarme face à une proposition du gouvernement du Nouveau-Brunswick visant à instaurer, d’ici 2028, un péage ciblant les véhicules provenant de l’extérieur de la province dans le corridor d’Aulac — un axe stratégique qui constitue la seule liaison terrestre entre la Nouvelle-Écosse et le reste du pays.
Un corridor vital pour l’économie canadienne
Chaque jour, environ 2 500 véhicules commerciaux empruntent ce passage névralgique, contribuant à la circulation de près de 35 milliards de dollars de marchandises annuellement. Pour le CTA, toute mesure restrictive dans ce corridor représente un risque direct pour la fluidité du commerce interprovincial.
L’Atlantic Provinces Trucking Association (APTA) a été la première à exprimer ses inquiétudes, rapidement appuyée par l’Ontario Trucking Association. Ensemble, elles dénoncent un projet qui pourrait créer un dangereux précédent à l’échelle nationale.
Des enjeux constitutionnels et économiques majeurs
Selon l’analyse juridique commandée par le CTA, le projet de péage — qui viserait exclusivement les véhicules non résidents — soulève de sérieuses questions en matière de constitutionnalité.
« Cibler les transporteurs hors province qui doivent emprunter le seul accès terrestre vers la Nouvelle-Écosse n’est pas une politique constructive — et elle est probablement inconstitutionnelle », affirme Stephen Laskowski, président et chef de la direction du CTA.
L’Alliance soutient que cette mesure pourrait contrevenir aux droits à la mobilité garantis par la Charte canadienne des droits et libertés, en imposant des coûts récurrents fondés uniquement sur la résidence. Elle pourrait également aller à l’encontre de la Loi constitutionnelle, qui protège la libre circulation des biens entre les provinces.
Un modèle jugé inéquitable par l’industrie
Contrairement à d’autres routes à péage, le corridor d’Aulac constitue un point de passage unique — un véritable goulot d’étranglement national. Toute tarification ciblée y est donc perçue comme particulièrement problématique.
Le CTA rappelle que l’industrie du camionnage contribue déjà de manière équitable au financement des infrastructures, notamment par le biais du International Registration Plan (IRP), qui répartit les frais selon la distance parcourue, ainsi que par les permis de trajet pour les transporteurs non inscrits.
« Ces mécanismes permettent déjà aux provinces d’être compensées sans discriminer les non-résidents. Ajouter un péage ciblé est redondant et inéquitable », ajoute M. Laskowski.
Risques pour la chaîne d’approvisionnement
L’introduction d’un tel péage pourrait entraîner une hausse des coûts pour les transporteurs, affecter les travailleurs transfrontaliers et réduire la compétitivité des chaînes d’approvisionnement dans l’Est du pays.
Pour Chris McKee, directeur général de l’APTA, la proposition va à l’encontre des efforts récents visant à réduire les barrières commerciales internes :
« Cette annonce est extrêmement contreproductive par rapport aux objectifs fédéraux et provinciaux visant à réduire les obstacles au commerce intérieur au Canada. […] Une bonne politique doit réduire les coûts, améliorer la fluidité des échanges et renforcer l’intégration régionale — et non créer de nouvelles barrières. »
Un dossier qui pourrait monter jusqu’aux premiers ministres
Le CTA entend porter le dossier devant le Conseil de la fédération, qui regroupe les premiers ministres provinciaux, afin de trouver une solution plus équilibrée. L’objectif : protéger l’intégrité du réseau commercial canadien tout en assurant un financement durable des infrastructures.



