Super Ego au cœur d’une enquête fédérale sur un présumé vaste réseau de “chameleon carriers”
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Les autorités fédérales américaines mènent actuellement une enquête d’envergure visant un réseau d’entreprises de camionnage liées à Super Ego Holdings et à son propriétaire et chef de la direction, Aleksandar Mimic. Selon les informations rapportées, ce dossier pourrait représenter le plus important stratagème de “chameleon carriers” de l’histoire des États-Unis.
Un “chameleon carrier” est une entreprise de camionnage qui change de nom, de structure ou de numéro DOT pour effacer son mauvais historique de sécurité et éviter les sanctions. Elle peut ainsi continuer à opérer sous une nouvelle identité, malgré des infractions ou des accidents passés, ce qui pose un risque important pour la sécurité routière.
Au centre de l’enquête se trouve une pratique dénoncée depuis plusieurs années dans l’industrie du transport : celle des transporteurs caméléons, soit des entreprises qui changeraient régulièrement de nom, de structure ou de numéro d’identification du département américain des Transports afin de faire disparaître un mauvais historique en matière de sécurité.
Selon les enquêteurs et plusieurs experts du secteur, cette méthode permettrait à des transporteurs accumulant des infractions graves de réapparaître sous une nouvelle identité dans les bases de données fédérales, tout en poursuivant leurs activités avec une surveillance limitée. Les autorités cherchent notamment à déterminer si Super Ego et des entités affiliées auraient facilité ou coordonné ce type de pratique.
Les données évoquées dans ce dossier font état de plus de 13 500 à 15 000 violations de sécurité liées à des transporteurs affiliés, ainsi que de plusieurs centaines d’accidents, dont six décès sur une période de quelques années. Les autorités examinent les liens entre plusieurs entreprises enregistrées aux États-Unis, opérant sous des noms différents, mais qui partageraient possiblement des ressources, de l’équipement, des chauffeurs et un contrôle opérationnel commun.
Le dossier prend encore plus d’ampleur alors que plus de 800 camionneurs poursuivent Super Ego et des sociétés affiliées dans le cadre d’un recours collectif alléguant fraude, rupture de contrat et pratiques abusives. Des chauffeurs affirment avoir subi des pressions pour dépasser les heures de conduite permises, avoir vu leurs dispositifs électroniques de consignation manipulés et avoir été victimes de retenues ou de modifications contestées à leur rémunération.
Certains témoignages rapportés décrivent également des camions dont le nom de l’entreprise et le numéro DOT auraient été changés rapidement à l’aide d’une nouvelle identification temporaire, afin d’éviter certaines conséquences réglementaires. D’anciens employés et un lanceur d’alerte cité dans le dossier soutiennent aussi qu’une culture axée sur le profit aurait pris le dessus sur la sécurité et le traitement des chauffeurs.
Fondée il y a environ sept ans, Super Ego est présentée comme une entreprise ayant développé un vaste réseau entre la Serbie et les États-Unis, avec des activités de transport, de courtage et de location. L’entreprise aurait établi une importante présence en sol américain, notamment en Illinois et en Floride, et travaillé avec de grands clients.
De son côté, Super Ego nie tout acte répréhensible. Par l’entremise de ses avocats, l’entreprise soutient qu’elle agit principalement comme société de location et qu’elle ne peut être tenue responsable des gestes posés par des transporteurs indépendants utilisant son équipement.
Cette affaire relance toutefois les inquiétudes entourant la surveillance fédérale du camionnage. Aux États-Unis, on compte environ 700 000 entreprises de transport enregistrées, alors que seulement quelques centaines d’enquêteurs seraient chargés de superviser l’ensemble du secteur. Des analystes estiment qu’une proportion non négligeable de ces entreprises pourrait présenter, à divers degrés, des caractéristiques associées aux “chameleon carriers”.
La Federal Motor Carrier Safety Administration (FMCSA) a confirmé que Super Ego fait partie d’une enquête en cours et indique vouloir moderniser son système d’enregistrement pour empêcher les transporteurs jugés dangereux de revenir sur le marché sous une nouvelle identité. Des élus et des intervenants du milieu réclament maintenant un resserrement des contrôles, une meilleure vérification des propriétaires réels et davantage de ressources pour démanteler les réseaux affiliés.
Pour l’industrie du camionnage, ce dossier pourrait devenir un cas marquant. Son issue pourrait influencer la façon dont seront appliqués, à l’avenir, les mécanismes entourant les permis d’exploitation, les cotes de sécurité et la responsabilité des courtiers et des réseaux de transport.



