top of page

Permis de camionnage, intelligence artificielle et éducation : la vérificatrice générale de l’Ontario sonne l’alarme

  • il y a 1 heure
  • 3 min de lecture
Source: Shelley Spence
Source: Shelley Spence

La vérificatrice générale de l’Ontario, Shelley Spence, a publié mardi quatre rapports spéciaux qui mettent en lumière d’importantes failles au sein de plusieurs programmes gouvernementaux. Parmi les dossiers les plus préoccupants : la délivrance des permis pour les chauffeurs de camions lourds, l’utilisation de l’intelligence artificielle dans la fonction publique, les besoins en éducation spécialisée et le fonctionnement du Bureau des obligations familiales.



Ces rapports dressent un portrait inquiétant d’un système où les lacunes en matière de surveillance, d’encadrement et de gestion pourraient avoir des conséquences directes sur la sécurité publique et les services offerts aux citoyens.


Camionnage : des failles majeures dans la formation et la délivrance des permis


Le rapport sur la délivrance des permis pour les chauffeurs de camions commerciaux lourds soulève des préoccupations importantes pour l’industrie du transport.


Entre 2019 et 2023, les camions lourds représentaient 12 % des véhicules impliqués dans des collisions mortelles en Ontario, alors qu’ils ne constituent qu’environ 3 % des véhicules sur les routes de la province.


Selon la vérificatrice générale, plusieurs établissements offrant la formation obligatoire d’entrée de gamme (Entry Level Training – ELT) échappent pratiquement à toute surveillance. Le ministère responsable n’avait jamais inspecté 25 % des collèges privés enregistrés qui offraient pourtant activement cette formation.


Encore plus troublant, l’audit révèle que certains étudiants ont obtenu leur certificat ELT sans avoir complété toutes les heures et tous les modules obligatoires.


Le rapport dénonce également des incohérences dans les examens pratiques réalisés dans les centres DriveTest, ainsi que l’absence de restrictions empêchant certains conducteurs ayant déjà des infractions importantes d’obtenir un permis de conduire commercial.


Pour plusieurs acteurs de l’industrie du camionnage, ces conclusions viennent confirmer des inquiétudes exprimées depuis plusieurs années concernant la qualité variable de certaines écoles de conduite et le manque de contrôle gouvernemental.


L’intelligence artificielle utilisée sans véritable encadrement


Le rapport sur l’utilisation de l’intelligence artificielle au sein du gouvernement ontarien soulève aussi plusieurs drapeaux rouges.


La vérificatrice générale affirme que des employés de la fonction publique accédaient à des plateformes d’IA non sécurisées, augmentant ainsi les risques d’exposition non autorisée de données sensibles.


Malgré les enjeux liés à la cybersécurité et à la protection des renseignements personnels, seulement 3 % des employés avaient complété une formation sur l’utilisation responsable de l’intelligence artificielle. Cette formation n’était même pas obligatoire.


Le rapport indique également que l’outil d’IA générative officiellement approuvé par le gouvernement n’était utilisé que dans 6 % des cas où les employés utilisaient des technologies d’IA.


Des faiblesses importantes auraient aussi été observées dans les processus d’approvisionnement, notamment pour certains systèmes utilisés dans le secteur de la santé.


Des délais inquiétants en éducation spécialisée


Le rapport consacré aux besoins en éducation spécialisée révèle une autre réalité préoccupante.


De nombreux élèves attendent des mois — et parfois plus d’un an — avant d’obtenir une évaluation spécialisée officielle.


La vérificatrice générale déplore également l’absence de critères uniformes pour identifier et soutenir les élèves ayant des besoins particuliers.


Les plans d’intervention individualisés étaient souvent incomplets, peu personnalisés et ne documentaient pas systématiquement les commentaires des parents.


Le rapport souligne aussi une pénurie importante d’éducateurs spécialisés qualifiés. Entre 49 % et 72 % des absences ou postes vacants n’étaient pas remplacés par du personnel qualifié, réduisant considérablement le soutien offert aux élèves.


Plus troublant encore, certains élèves ayant des besoins particuliers auraient été renvoyés à la maison ou invités à y rester sans qu’aucun suivi officiel ne soit effectué par les écoles.


Bureau des obligations familiales : des familles abandonnées pendant des mois


Le rapport sur le Bureau des obligations familiales révèle que les familles doivent attendre en moyenne huit mois et demi avant qu’une ordonnance de soutien soit enregistrée et qu’un premier paiement soit versé.


Au 31 mars 2025, près de 2,1 milliards de dollars étaient dus aux bénéficiaires dans les dossiers actifs.


La vérificatrice générale affirme également que les mesures de recouvrement étaient appliquées de façon inégale selon les dossiers.


Autre découverte préoccupante : 43 anciens employés avaient encore accès à des bases de données contenant des renseignements personnels de citoyens ontariens.


« Des améliorations urgentes sont nécessaires »


Dans son communiqué, Shelley Spence a insisté sur l’importance d’améliorer rapidement la surveillance et la gestion de ces programmes gouvernementaux.


« Ces rapports spéciaux formulent des recommandations visant à améliorer la surveillance, l’uniformité et la prestation des services dans des programmes importants pour les Ontariens », a-t-elle déclaré.


Le Bureau de la vérificatrice générale prévoit effectuer un suivi de la mise en œuvre des recommandations dans deux ans.


Ces révélations risquent maintenant de raviver les critiques envers la gestion gouvernementale de plusieurs secteurs névralgiques, notamment celui du transport routier, où la sécurité du public demeure directement liée à la qualité de la formation et de la surveillance des conducteurs de véhicules lourds.


 
 
bottom of page