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Quand l’I-44 a explosé : retour sur l’un des événements les plus violents de l’histoire du camionnage américain

  • Photo du rédacteur: La Rédaction
    La Rédaction
  • 3 déc. 2025
  • 3 min de lecture

SPRINGFIELD (MISSOURI) — Dans la nuit du 30 septembre 1970, une déflagration d’une puissance inimaginable a fracturé l’Interstate 44 et secoué toute la région de Springfield. Cinquante ans plus tard, l’explosion demeure l’un des épisodes les plus sombres et inattendus de l’histoire du camionnage américain.


Au cœur du drame : un conflit de travail explosif opposant les Teamsters à Tri-State Motor Transit, une entreprise de Joplin spécialisée dans le transport de matières explosives. Les tensions, alimentées par des semaines de grève, de frustration et d’alcool, ont mené certains grévistes à franchir la ligne rouge.



Une nuit de violence armée


Parmi eux, Bobby Lee Shuler, 29 ans, chauffeur chez Tri-State et gréviste, a décidé d’aller plus loin que la majorité de ses pairs. Armé d’une carabine .30-30 empruntée à un collègue syndiqué, il projette de tirer sur les camions de l’entreprise pour les immobiliser.


Shuler prend la route avec trois compagnons : Gerald Bowden, sa femme Sharon et une amie, Mme Kimmel, au volant. Après avoir tiré sur un premier camion près de Springfield, le groupe poursuit sa route en quête de nouvelles cibles.


Peu après 1 h du matin, ils repèrent deux camions de Tri-State roulant vers l’est sur l’I-44 : d’abord un plateau, puis un semi-remorque transportant plus de 40 000 lb de dynamite Gelex. Malgré les panneaux d’avertissement, Shuler affirme plus tard ne pas les avoir vus — bien qu’il savait que l’entreprise transportait souvent des charges explosives.


Trois coups de feu… puis l’impensable


Shuler tire d’abord sur le camion plateau, qui continue sa route. Puis il vise le second, conduit par John A. Galt, 48 ans, père de quatre enfants et nouveau conducteur chez Tri-State.


Trois tirs claquent dans la nuit. Le dernier pénètre suffisamment profondément pour déclencher la cargaison.


L’explosion produit une boule de feu bleutée qui illumine l’horizon sur des kilomètres. Le souffle creuse un cratère de 50 pieds de large, 70 pieds de long et 25 pieds de profondeur. Shuler est projeté au sol, presque dévêtu. Le pare-brise de la voiture est pulvérisé. Des bâtiments sont soufflés dans un rayon de centaines de mètres et des fenêtres explosent… jusqu’au centre-ville de Springfield, à plus de dix miles.


John Galt meurt instantanément. Le camion est intégralement désintégré.


Fuite, arrestations et justice


Le groupe prend la fuite, abandonnant leur voiture endommagée dans une ferme avant de tenter de s’échapper à pied. Ils finissent par se rendre au lever du jour, repérés par des chiens et des aéronefs de recherche.


Shuler nie toute intention de tuer, affirmant qu’il voulait seulement « désactiver » les camions. Le jury n’y croit pas. Reconnu coupable de meurtre au second degré, il reçoit une peine de 99 ans — mais sera libéré après huit ans. Bowden écope de 10 ans, Sharon Bowden de 3 ans.


Une bataille judiciaire et un héritage durable


La famille de Galt poursuit ensuite les Teamsters, soutenant que l’organisation avait contribué à un climat d’intimidation et de violence. Malgré le plafond légal de 50 000 $ pour les décès, un règlement de 220 000 $ sera finalement conclu.


L’affaire deviendra un catalyseur de réformes, notamment en matière de transport de matières dangereuses et de lois encadrant les poursuites civiles au Missouri.


Une légende sombre des Ozarks


Aujourd’hui encore, les résidents se souviennent du flash bleuté, du tremblement de terre ressenti à des dizaines de kilomètres et du silence irréel qui a suivi. Pour la famille Galt et toute une région, la nuit du 30 septembre 1970 demeure un traumatisme collectif et un chapitre indélébile de l’histoire routière américaine.

 
 
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